Podcasts – Metaclassique

Metaclassique :

Legitimer – Mardi 23 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Selon que l’auditeur de musique est appelé « mélomane », « amateur », « fan » ou encore « féru de musique », est-ce qu’il écoute un genre plus ou moins valeureux socialement ? Même si l’éclectisme généralisé fait comme si tous les genres étaient légitimes et tout le monde pouvait – voire devait – écouter de tout, il reste que le mot « mélomane » est bienvenu et très courant quand on parle d’un genre éminemment légitime comme la musique classique, là où le mot « fan » passe pour plus inapproprié, comme s’il connotait une musique moins consacrée comme légitime. Et justement parce qu’elles sont discutables et parce que ces représentations sociales s’attachent à telle ou telle manière de nommer ceux qui écoutent la musique, ce numéro de Metaclassique veut prolonger les questionnements ouverts par la théorie de la légitimité culturelle héritée de Pierre Bourdieu, en invitant deux chercheurs : la psycho-sociologue Elise Wong qui prépare une thèse sur l’image sociale des auditeurs de musique classique et, pour commencer, le sociologue Wenceslas Lizé qui, à propos de ces manières de qualifier les auditeurs selon les genres qu’ils écoutent, a enquêté sur les liens entre légitimité et appellations, en se demandant : peut-on être « fan » d’un genre légitime ? Autrement dit, est-ce que la légitimité d’un genre interdit – ou, du moins, appelle une certaine réserve à – employer un vocable qui connote l’idolâtrie ?

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #107 – Légitimer

Metaclassique :

Annoter – Mardi 16 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Attendant son entrée pendant que jouent les trombones (indiqués sur sa partition), un flûtiste caricature son collègue tromboniste en action.

Sur la partition de certains Préludes, Scriabine écrivait « Douloureux déchirant ». Alors que l’interprète peut être tenté d’y voir une indication de jeu et s’en saisir comme une demande du compositeur à donner à l’exécution de telle page des accents douloureux et déchirants, ces annotations peuvent rester à l’état de témoignage d’un état d’esprit. Au lieu d’être un seul document utilitaire qui permet à un interprète de retrouver les notes, les nuances, les indications du compositeur, la partition est donc un support qui s’annote. Clarinettiste à l’orchestre de l’opéra de Paris, Jean-Noël Crocq a publié Fosse notes, un livre album qui recueille des partitions où l’on peut lire des fragments de correspondance entre les musiciens de l’opéra directement sur leurs partitions, jusqu’à des considérations esthétiques sur la valeur morale de l’art lyrique. En dialogue avec Jean-Noël Crocq, nous accueillons deux compositeurs : Colin Roche et Frédéric Mathevet qui, l’un et l’autre, développent des rapports à la composition om la partition s’élabore poétiquement, plastiquement, et redistribue le temps musical en amont de la seule production du son. Plus que d’alimenter leurs processus créatifs, cette écriture investit le travail poétique de la partition en lieu et place de production musicale, au point qu’ils viennent de fonder la revue Documents où, solidairement, la musique se réfléchit par ces confections documentaires et s’y déploie.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #106 – Annoter

Metaclassique :

Colorer – Mardi 09 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Dans un ouvrage sur la chromatique daté de 1786, L. Hoffmann rapportait le cas d’un Suisse, magistrat et peintre, qui colorait les sons des instruments : le son du violoncelle lui apparaissait indigo bleu, celui de la clarinette, jaune, la trompette rouge clair et le hautbois rose. Un peu plus d’un siècle plus tard, en 1898, Jean Clavière évoquait la synesthésie avec une hésitation terminologique riche en possibilités : il reconnaissait que l’audition colorée pouvait s’appeler hyperchromatopsie ou bien phonopsie ou encore pseudo-chromoesthésie. Là où on a commençait à impliquer le préfixe pseudo, c’est quand on a commencé à soupçonner que les phénomènes de synesthésie relevait donc du domaine des hallucinations. Dans un ouvrage entièrement consacré à l’audition colorée, de 1890, Ferdinand Suarez de Mendoza parle de « pseudo-protesthésie » pour désigner les « pseudo-sensations secondaires visuelles », mais encore de « pseudo-acouesthésie » pour les « pseudo-sensations secondaires acoustiques » et même de pseudo-gousesthésie » pour les « pseudo-sensations secondaires gustatives ». Là où les neurosciences du 21ème siècle ne classent plus tant les synesthésies par sens que par type de relation entre l’expérience et l’inducteur, selon qu’elle est additive, arbitraire, automatique, involontaire ou idiosyncrasique (Ruiz, 2014).

Pour creuser les effets de ces synesthésie sur la conception de la musique et la création musicale, Metaclassique est cette semaine installé dans les espaces musicaux de la Bibliothèque publique d’information, avec : la musicologue Violaine Anger qui signe aux éditions Delatour, l’essai Voir le son, la philosophe Antonia Soulez qui fait paraître – aux éditions Delatour également –, Les philosophes et le son et, tout d’abord, Corinna Gepner, qui a consacré une monographie au Père Castel aux éditions Honoré Champion, inventeur d’un clavecin oculaire qui sert de point de départ ou de pierre angulaire ou de clé de voûte dans les histoires des synesthésies musicales qui a d’abord en se posant en rival aux théories de Rameau.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #105 – Colorer

Metaclassique :

Augmenter – Mardi 02 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Tant que possible, on pourrait vouloir augmenter son salaire, son patrimoine, ses responsabilités, son périmètre d’action. Au lieu de se laisser prendre par l’appât du gain et les logiques d’accumulation, on pourrait reporter ces logiques d’augmentation sur des matières plus artistiques. Mais le risque d’y perdre son âme ne s’en trouve pas forcément diminué. On connaît des artistes, des labels ou encore des émissions qui, croyant leur survie suspendue au marché, ne peuvent plus rien attendre de leurs arts qu’une augmentation de leurs audiences. Quand elle devient une valeur, l’augmentation peut être trépidante, exaltante autant qu’éreintante. Même si c’est encore par l’augmentation des possibles que l’on peut espérer trouver de nouvelles formes musicales et, avec elles, de nouvelles formes de liberté. En 2015, la violoncelliste Marie Ythier faisait paraître chez Little Tribeca un disque intitulé « le geste augmenté » où elle interprétait des pièces écrites pour violoncelle augmenté par l’électronique. Pour chercher par quel chemin l’augmentation de l’instrument par l’électronique se prolonger dans une augmentation de l’imaginaire musical jusqu’aux disques plus récents qu’elle a pu faire paraître, Metaclassique reçoit cette semaine la violoncelliste Marie Ythier, mais aussi le poète Charles Robinson.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #104 – Augmenter

Metaclassique :

Mûrir – Mardi 26 janvier 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

On ne compose pas à 60 à 90 ans comme on compose à 20 ans. Si bien qu’en comparant des œuvres tardives avec des œuvres de jeunesse, on peut se faire une idée du poids de la maturité sur la musique et vérifier si les stéréotypes se confirment : si la fougue s’est tarie, si le poids de l’existence pèse, si l’amertume et les regrets finissent par se dissiper. Les musiciens qui ont travaillé toute leur vie ont nécessairement gagné en maîtrise de leurs outils, mais se sont aussi plus ou moins adapté aux évolutions de leur temps. Mais si on transpose ces questions à la Renaissance, dans un seizième siècle resté l’emblème de la rénovation, on doit d’autant mieux saisir comment peuvent se nouer la maturité des musiciens et la maturation plus générale que le langage musical peut trouver dans une époque. Alors, pour questionner l’art de mûrir en musique, nous accueillons la musicologue spécialiste de la musique de la Renaissance, Isabelle His et le directeur musical de l’ensemble Thélème, Jean-Christophe Groffe.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #103 – Mûrir

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Lepéniser – Mardi 19 janvier 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Parmi les bons vieux usages de la musique, il y a la propagande. Quand le disque a permis d’industrialiser les réseaux de distribution de la musique, certains militants politiques s’en sont donc aussitôt saisi pour arroser le monde de leurs idées, un peu plus largement qu’avec un simple porte-voix. C’est comme ça qu’avant d’être par cinq fois candidat aux élections présidentielles de 1974 à 2007, Jean-Marie Le Pen a connu une longue carrière d’éditeur phonographique. En publiant des discours du Maréchal Pétain ou encore des marches militaires, sa maison de disque – la SERP – a vite été repéré pour son ancrage idéologique. Mais comme par anticipation de ses stratégies de dédiabolisation et de brouillage des pistes idéologiques, Jean-Marie Le Pen a aussi édité des disques de gauche, comme une anthologie sonore du Front populaire ou encore une compilation de chansons anarchistes. Pour retracer l’histoire de la SERP, nous recevons Jonathan Thomas qui est l’auteur d’un essai paru aux éditions de l’EHESS, La Propagande par le disque. Jean-Marie Le Pen, éditeur phonographique.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #102 – Lepéniser

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Doubler – Mardi 12 janvier 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Dans une lettre au compositeur Carl Friedrich Zelter, le poète Wolfgang von Goethe écrit un jour, alors que le genre du quatuor à cordes était encore tout récent : « Nous entendons discuter quatre personnes intelligentes, nous pensons saisir des morceaux de leur conversation tout en découvrant quelque chose des spécificités des instruments. » L’analogie entre le quatuor à cordes et la conversation intelligente a suffisamment marqué les esprits des musiciens pour que leurs partitions s’agencent comme des questions réponses à la fois bienveillantes et profondes, une sorte d’idéal de l’échange constructif, pas loin d’une utopie sociale concrétisée. Par contre, l’analogie n’avait pas encore été saisi comme une occasion radiophonique pour inviter les quatre musiciens d’un même quatuor à doubler verbalement leurs parties, phrase à phrase. C’est à cette expérience inédite que nous avons invité les quatre membres du Quatuor Tchalik : en exclusivité pour Metaclassique, partitions sous les yeux, les violonistes Gabriel Tchalik et Louise Tchalik, l’altiste Sarah Tchalik et le violoncelliste Marc Tchalik nous offrent donc un doublage de leur enregistrement des deux quatuors de Reynaldo Hahn.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #101 – Doubler

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Cristalliser – Mardi 05 janvier 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Quand on écoute de la musique à la radio, on dit qu’on écoute de la musique. Mais quand on écoute un débat ou un documentaire, on dit plutôt qu’on écoute la radio. À moins qu’on dise qu’on écoute… les infos ! On peut évidemment en déduire que la musique est une chose très différente des infos, mais on peut aussi comprendre que la radio est aussi une chose bien différenciée des seules infos ou de la stricte musique. Si c’est un peu plus ou un peu moins que des infos, qu’est-ce que c’est ? Et ça, à force d’être préparée de manière particulière, la radio pourrait être une sorte de musique, est-ce qu’il lui faut une esthétique spéciale ? A moins que l’art radiophonique et les arts sonores qui s’ensuivent, sont à compter parmi les musiques expérimentales. Bref, à force d’interroger la musique par les moyens propres de la radio : Metaclassique célèbre son centième numéro en consacrant la question : à partir de quand la radio s’écoute, en tant que radio, comme de la musique. Pour cela, nous entendrons au cours de cette émission Gérard Pelé qui a fait paraître aux éditions de L’Harmattan, le livre Autour de l’esthétique expérimentale et nous serons accompagné pendant une heure par Loïc Bertrand qui a soutenu une thèse à l’Université Paris-Diderot dans laquelle il fait une archéologie des arts sonores.

Avec la participation d’Omer Corlaix.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #100 – Cristalliser

Metaclassique :

Oeuvrer – Mardi 27 décembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Depuis six mois, je passais des heures entières chaque jour à « essayer » des pseudonymes, je les calligraphiais à l’encre rouge dans un cahier spécial. Ce matin même, j’avais fixé mon choix sur « Hubert de la Vallée », mais une demi-heure plus tard, je cédais au charme nostalgique de « Romain de Roncevaux ». Mon vrai prénom, Romain, me paraissait assez satisfaisant. Malheureusement, il y avait déjà Romain Rolland et je n’étais disposé à partager ma gloire avec personne. Tout cela était bien difficile. L’ennui, avec un pseudonyme, c’est qu’il ne peut jamais exprimer tout ce que vous sentez en vous. J’en arrivais presque à conclure qu’un pseudonyme ne suffisait pas, comme moyen d’expression littéraire, et qu’il fallait encore écrire des livres.

Romain Gary semble avoir projeté dans sa vie d’artiste l’opportunité d’une vie résolue, voire absolue ou bien intégralement auto-décisive, avec la contrainte peut-être impossible qu’elle soit même pleine et entière. Depuis quelques mois, le comédien Robin Renucci et le pianiste Nicolas Stavy tournent un spectacle où des textes de Paul Valéry, Romain Gary, Arthur Rimbaud, Marcel Proust réunis autour de l’enfance à l’œuvre viennent en dialogue avec pièces musicales plus ou moins gauches et essentielles. Le pianiste Nicolas Stavy et le comédien Robin Renucci sont les invités de ce 99è numéro de Métaclassique.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #99 – Oeuvrer

Metaclassique :

Synchroniser – Mardi 22 décembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Des héros de cartoons qui jouent une partition virtuose de Franz Liszt, ce sont autant d’occasions d’enchaîner les gags les uns après les autres, de dessiner un relief dans la partition, relever certains rebonds pathétiques comme des occasions de chasser une souris qui se baladerait sur le piano : bref, de tendre et détendre les humeurs musicales en synchronisant une somme d’événements qui ne s’enchaîneraient sans doute pas si vivement sans la vitalité pianistique qu’ils tapissent. Dit comme ça, le point commun avec la musique de cirque est frappant : quand l’orchestre et le déroulement du spectacle s’emboîtent si bien que l’un se synchronise avec l’autre jusqu’à ne pas savoir lequel précède. La musique et la trame narrative s’activent alors comme les deux moteurs enchevêtrés d’une même dynamique à la fois virtuose et comique. Pour croiser les perspectives entre la musique classique qui inspire des synchronisations millimétrées dans les cartoons et la musique du cirque, nous recevons deux musicologues Philippe Gonin, dont deux études sur la musique dans les cartoons sont accessibles via la page de l’émission sur Metaclassique.com et Marc-Antoine Boutin qui prépare une thèse sur al musique de cirque aux Université de Montréal et de Paris-Sorbonne

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Lien vers les deux études de Philippe Gonin évoquées dans l’émission :

Emprunts, citations et pastiches dans les musiques des cartoons américains : une acculturation culturelle ?
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Metaclassique #98 – Synchroniser

Metaclassique :

Chansonner – Mardi 15 décembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Écoutée depuis les rangs des écoles de musique et des conservatoires, la chanson sonne comme un objet à part : comme si des études musicales bien menées ne pouvaient conduire à une vie de chanteur. Comme l’histoire de la musique voit défiler tout un tas de rencontres entre les chansons et ledit grand répertoire, toutes ne sont pas forcément des tentatives de réconciliation. Autrement dit, tout le monde n’a pas toujours pensé qu’il y avait eu un divorce entre la chanson réputée populaire et la musique estampillée savante. Et là où personne ne semble vouloir que les catégories restent aussi grossières, là où personne ne peut se réjouir de débats d’étiquettes, c’est encore dans l’idée que la chanson et la musique écrite se sont disjointes qu’elles continuent à se tourner l’une autour de l’autre comme deux entités de temps en temps amoureuses l’une de l’autre, c’est-à-dire, l’amour pour preuve, deux entités séparées. Le musicologue Étienne Kippelen a fait paraître aux Presses Universitaires de Provence, Chanson française et musique contemporaine, un ouvrage dans lequel il examine les allers et venues entre deux territoires musicaux qui, quand ils s’investissent l’un l’autre semblent respecter les frontières assez soigneusement pour tirer profit des droits de douane. Étienne Kippelen il est l’invité unique de ce numéro de Metaclassique.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #97 – Chansonner

Metaclassique :

Décoïncider – Mardi 01 décembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Il y a des musiques qui ne semblent pas tout à fait épanouies, mais qui semblent trouver dans leur aboutissement très relatif une grâce irremplaçable. Il y a aussi des musiques qui, dans leur confection, ont pris tant de détours que c’est en évitant leur finalité de départ qu’elles ont trouvé une facture bien spéciale. Il y a même des musiques qui font exprès de ne pas chercher d’issue volontaire pour mieux sortir des cheminements trop planifiés. Pour aborder toutes ces musiques, il faut mobiliser des termes éloignés des habitudes de pensée occidentales. On ne dira pas qu’elles sont claires ou limpides, on les entendra plutôt comme vagues, évasives, voire fades ou évidées. Autant de termes auxquels le philosophe François Jullien a donné une profondeur porteuse dans un vis-à-vis entre la pensée philosophique héritée de la Grèce antique et la pensée de la tradition chinoise. La profondeur induite par ces vis-à-vis est si porteuse qu’elle nourrit le travail de musiciens et qu’elle nous a donné envie d’organiser un vis-à-vis entre le philosophe, François Jullien, et deux compositeurs portés par sa pensée : Claude Ledoux et Aurélien Dumont.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #95 – Décoïncider

Metaclassique :

ELOIGNER – Mardi 24 novembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Sur la partition, la plupart du temps, les compositeurs précisent quels instruments doivent jouer tel ou tel partie. Ce faisant, ils règlent le paramètre du timbre. Ils indiquent aussi la hauteur et la durée que chaque son devra avoir. Et puis, ils donnent des indications de nuance, pour affecter à chaque note ou à chaque phrase, un volume qui peut aller de pianissimo à fortissimo en passant par toutes sortes de paliers. Timbre, hauteur, durée et volume sont les quatre paramètres du son couramment cités. Mais il y a un cinquième paramètre, moins systématiquement relevé : l’espace ou, pour le dire dynamiquement, la direction du son. Au fil des précédents numéros de Métaclassique, on a souvent eu l’occasion de faire entendre comme les paramètres peuvent se renforcer les uns les autres : on va pouvoir chercher aujourd’hui comment les effets d’éloignement peuvent être installés par l’espacement des musiciens, mais aussi nourris par des contrastes de nuance ou même des jeux harmoniques. Pour commenter l’éloignement musical, nous recevons deux invités : Muriel Joubert qui est professeur agrégé au département Musique et Musicologie de l’Université Lumière Lyon 2 et François-Xavier Féron, chargé de recherche au CNRS travaille au sein du laboratoire STMS (Sciences et Technologies de la Musique et du Son) de l’Ircam. Il a consacré sa thèse de doctorat aux illusions auditives et s’intéresse plu généralement à l’impact de l’acoustique et de la psychoacoustique sur les pratiques musicales contemporaines.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #94 – Eloigner

Metaclassique :

REVENIR – Mardi 17 novembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Tout en lui reconnaissant quelques similitudes avec les grandes questions existentielles, on pourra entendre dire de l’épanouissement musical qu’il consiste à savoir se renouveler, mais encore qu’il n’ira jamais très loin sans entretenir une certaine fidélité à soi-même. Et s’il n’y a pas plus important, pour qui fait de la musique de temps en temps ou toute sa vie, d’y investir des choses spécialement décisives, c’est donc par là qu’il devrait convenir d’interroger les  créateurs, dans ce qui se tisse d’un projet musical à un autre. Cela supposerait de sortir de la logique propre de tel ou tel opus pour se donner une chance de toucher à ce qui compte. Cela demanderait un renversement des habitudes journalistiques : au lieu d’interroger les artistes sur leur actualité, sur leur projet du moment, il faudrait organiser les choses pour leur permettre de déplier ce qui traverse les différentes étapes de leur parcours, ce qui se faufile dans leurs œuvres au fil des années. C’est exactement avec cette intention que ce numéro de Métaclassique accueille une invitée unique, la compositrice Violeta Cruz, mais à deux moments bien distants dans le temps. Après l’avoir interrogée une première fois il y a une dizaine d’années, nous l’invitons à revenir sur ce qu’elle avait dit à l’époque et qui serait susceptible de tenir encore dix ans plus tard.

Avec la participation d’Omer Corlaix.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #93 – Revenir

Metaclassique :

EMBALLER – Mardi 10 novembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

De l’histoire impressionnante d’une jeune pianiste hors du commun à la success story d’un virtuose dont le parcours est incroyable, les exercices d’admiration se focalisent sur les destins et les histoires avec superlatifs intégrés quelquefois plus que sur la beauté de l’art et les plaisirs de la musique. Et quand les commentaires sur la vie des musiciens sont pris dans une telle surenchère narrative, il n’est même plus toujours question de musique, le bal des destins exceptionnels finit par obstruer l’essentiel. Mais si la compétition des histoires extraordinaires doit commander le nouvel ordre artistique, comment en vouloir à ceux qui jouent le jeu pour essayer d’y survivre ? Quand, par exemple, un poète collabore avec un compositeur avec la ferme intention de monter en épingle un scandale, le récit des événements peut à son tour devenir stratégique et, par suite, basculer dans le storytelling, à moins qu’il ne cherche à le perturber. Pour faire entendre comment l’artiste devient l’emballage d’un art plus ou moins critique sur l’ère de l’emballage, nous avons organisé une rencontre entre Pierre Brévignon, qui vient de faire paraître Le Groupe des six aux Éditions Actes Sud et Christian Salmon, l’auteur de l’essai Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits aux Éditions La Découverte. 

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #92 – Emballer

Metaclassique :

ENSORCELLER – Mardi 03 novembre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

On sait – à moins qu’on ne fasse que supposer – que les sorcières chantaient, suivaient un certain refrain, un certain rythme. Mais de là à parler d’une musique sorcière, même si c’est pour dire qu’on ne sait pas à quoi elle peut exactement ressembler, ce serait peut-être déjà aller trop loin. Dans Musique sorcière d’une certaine Meri Franco Léo, on pouvait lire en 1976 : « La musique des sorcières faisait partie d’un tout, d’une cosmogonie, et elle a subi la même répression que leur médecine, leur astrologie, et leurs savoirs. » Et c’est certainement par l’histoire de leur répression que l’histoire des sorcières est la mieux renseignée. Et pour cause : Si on n’a peut-être jamais vu en vrai une sorcière voler sur un balai, on a pourtant bien instruit des procès en sorcellerie contre des femmes auxquelles on a reproché, pour de vrai, de voler sur un balai. Pour démêler, tout en les croisant, les procès en sorcellerie du Moyen-Âge et les activités musicales de l’époque, nous recevons deux médiévistes : l’historien Maxime Perbellini qui termine à l’EHESS à Parais et à l’Université Libre de Bruxelles, une thèse sur les sorcières au Moyen-Âge et la musicologue Isabelle Ragnard qui enseigne à l’Université Paris-Sorbonne et au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Avec la participation d’Omer Corlaix.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #91 – Ensorceller

Metaclassique :

ATTENDRE – Mardi 27 octobre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Quand la musique commence une phrase, l’auditeur peut très vite imaginer comment elle va continuer. À ce moment-là, il y a au moins deux types d’auditeurs : ceux qui se réjouissent du réconfort éprouvé à l’écoute d’une phrase qui se poursuit comme son commencement laissait prévoir qu’elle se poursuive et ceux qui s’agacent de l’ennui provoqué par un déroulement si prévisible. Mais les choses ne sont pas aussi manichéennes, puisqu’il y a donc au moins deux types de compositeurs : ceux qui comptent sur le plaisir certain qu’ils fourniront aux auditeurs auxquels ils offrent ce qu’ils annoncent qu’ils leur font attendre et ceux qui mettent une part d’imprévu pour mêler dans leur musique un mélange d’inattendu et de surprenant. Mais au-delà même des humeurs des auditeurs et des dispositions psychologiques de celles et ceux qui écrivent la musique, il en va d’une question de langage : quelles sont les manières de fabriquer une mélodie qui laissent plus ou moins grande prise aux attentes mélodiques ? Y a-t-il des formes musicales plus faciles à anticiper ? Si oui, que peut-on déduire sur le compte de celles et ceux qui les préfèrent ? Pour répondre à ces questions, nous allons plonger dans les sciences cognitives, avec deux chercheurs du Laboratoire des systèmes perceptifs de l’ENS d’Ulm à Paris : Jackson Graves et Guilhem Marion.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #90 – Attendre

Metaclassique :

REBUFFER – Mardi 20 octobre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Si vous devez dessiner un rébus pour faire deviner le prénom Sidonie, vous serez tenté, avant de dessiner un nid d’oiseau pour la dernière syllabe, de penser aux notes de musique « si » et « do » et dessiner une portée musicale avec les notes qui feront penser au début du prénom Sidonie. Le poète oulipien Georges Perec, avait poussé l’idée d’utiliser les notes de musique pour former des phrases intégralement chantables, dans un opéra intitulé L’art effaré qui, indépendamment de l’effarement annoncé, était strictement homophone avec la suite de 4 notes : la, ré, fa, ré.  Il s’agissait, en fait, d’un opéra pentaphonique, avec les 120 permutations permises par les cinq notes « do ré mi la si », avec un jeu de mot pour chaque permutation. Par exemple : la suite « la si mi do ré » laisse presque entendre « l’alchimie dorée », alors que les cinq notes dans l’ordre « ré si la mi do » a inspiré à Georges Perec, la phrase : « Rêche il mit la dose ». 400 ans avant l’Oulipo, ces jeux avec les noms des notes étaient très à la mode au 16è siècle, non pas pour faire de la littérature truculente, mais bien pour aboutir à de la très belle musique. Pour rentrer dans le dédale de ces rébus, énigmes et autres hiéroglyphes musicaux du 16è siècle, nous recevons le musicologue Guillaume Bunel qui enseigne l’histoire de la musique à l’Université Paris-Sorbonne et avec lequel nous allons composer un florilège de jeux avec les notes à la Renaissance, à commencer par une messe de Josquin des Prés intitulée « la sol fa ré mi », suivant un double sens qu’il nous a expliqué.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #89 – Rebuffer

Metaclassique :

IMPROVISER – Mardi 13 octobre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Improviser est souvent défini par défaut.  Ce serait presqu’une manière d’éviter de composer. Ou, pour le dire plus positivement : une tentative de composer plus près de l’instant, plus en prise avec le temps de l’exécution. Mais là où la distinction entre improviser et composer est décidément asymétrique : au sens la composition se définit beaucoup plus couramment sans référence à l’improvisation que l’inverse. Pour entrer un peu plus à fond dans les ambivalences des passages de l’une à l’autre, nous recevons une musicienne qui, depuis qu’elle fait de la musique, passe de l’improvisation à la composition avec des allers et des retours qui ne peuvent pas se faire avec les mêmes personnes et aux mêmes moments, Eve Risser. Et puis, deux spécialistes de l’improvisation : Clément Canonne (CNRS/IRCAM) et Nicolas Dufetel (CNRS/IReMus) qui s’intéresse à l’improvisation de répertoire.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Métaclassique #88 – Improviser

Metaclassique :

MYSTIFIER – Mardi 6 octobre 2020 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Antonio Stradivari au travail

Alors que la firme Native Instruments commercialise depuis cet été, un synthétiseur virtuel à partir d’échantillon d’enregistrement d’un violon Stradivari pour 199 €, rappelons-nous : Antonio Giacomo Stradivari est né à Crémone, dans le duché de Milan, en 1644. En 93 ans d’existence, il a produit quelques 500 instruments aujourd’hui surcotés, certains exemplaires pouvant être vendu aux enchères entre 30 ou 40 millions de dollars. À ce prix-là, il se dit que certains luthiers peuvent être tentés, quand ils ont à faire à un très beau et très bon violon moderne qui réunit toutes les qualités qui font la réputation et le prestige des plus fameux des anciens, de leur accoler une étiquette Stradivarius qui leur permettra de les vendre avec 1, 2 ou 3 zéros de plus. On pourrait toujours et encore se demander comment faire pour démêler le vrai du faux, séparer la réalité de la fiction. Mais cela reviendrait à ne pas voir l’essentiel, à savoir : comment est-ce que la réalité est bien obligée de s’adapter au mythe, à vivre avec et, surtout, à jouer avec lui. On se demandera alors comment, pour la dépasser, la réalité cohabite et doit surtout coopérer avec les jeux de mystifications qui continuent d’entourer ces instruments. Pour rentrer dans le détail de la cohabitation, nous sommes heureux de réunir, pour la première fois publiquement, Claudia Fritz chargée de recherche CNRS au sein de l’équipe Lutheries-Acoustique-Musique à l’Institut Jean le Rond d’Alembert de Sorbonne Université et Jean-Philippe Echard qui, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris, travaille depuis vingt ans pour le Musée de la musique à la Philharmonie de Paris : d’abord comme ingénieur de recherche et aujourd’hui comme conservateur spécialiste des violons en général et des Stradivarius en particulier.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #87 – Mystifier