Podcasts – Metaclassique

Metaclassique :

Rattraper – Mardi 16 mars 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

En 1951, dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt a défini le totalitarisme comme une politisation absolue de la société, un monde où tout est politique. La définition est si claire qu’elle est devenue un critère infernal : là où tout est politique, il y a donc totalitarisme. Le critère est alors si net qu’il peut même être manipulé à l’envie par les dictateurs qui n’ont plus qu’à garantir la liberté aux artistes de faire de l’art apolitique pour montrer, à travers leurs œuvres, la preuve qu’ils ne sont pas si totalement tyranniques. Dans le cas de la dictature franquiste en Espagne, les historiens de la musique retiennent l’image d’une vie musicale au ralenti. Mais en y regardant de plus près, il y a eu beaucoup d’activités musicales en Espagne : dans les années 50 et 60, des compositeurs qui ne se sont jamais défini comme franquistes ont tout de même pu travailler sous le régime de Franco et conquérir une reconnaissance internationale. Mais si, dans un régime totalitaire, tout est politique : est-ce que cette course à la reconnaissance doit être entendue comme une stratégie de contournement de la dictature ? À la suite de la génération de Manuel de Falla et Joaquin Rodrigo, des compositeurs nés autour de 1930, s’appellent Luis de Pablo, Cristobal Hallfter ou encore Juan Hidalgo : ils vont à Darmstadt, à Paris, défendent les tendances majoritaires de la musique occidentale savante du 20ème siècle : le dodécaphonisme, la musique électroacoustique comme autant de gages de modernité, d’universalisme, de manières de rattraper ce qui serait donc un retard de la musique espagnole sur la marche d’un monde qui veut se promouvoir en progrès. Pendant ce temps, face à des œuvres d’art contemporain qu’on lui présente comme révolutionnaire, Franco dit un jour : « Tant que les révolutions ressemblent à cela… », une phrase qui est devenue le titre du livre que notre invité, Igor Contreras, a publié aux éditions horizonsd’attente. Avec la partition de Jean-Noël von der Weid.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #109 – Rattraper

Metaclassique :

Mordre – Mardi 09 mars 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Sorte de quadrille, la Tarentelle est une danse qui doit son nom à sa région d’origine, la Tarente, à moins qu’elle n’ait d’abord pris le nom de la tarentule, l’araignée dont la morsure est sensée pouvoir se conjurer par la danse de la tarentelle. En 1641, l’érudit Athanasius Kircher avait fait une typologie des tarentelles faite pour coïncider avec les types d’araignées, non parce que telle araignée faisait telle piqûre dont on espérait venir à bout avec telle ou telle danse conçue exprès, mais sans doute plutôt parce que, préventivement, on cherchait une danse capable de plaire à l’araignée… Et quand la médecine s’est mêlée au débat, on a même trouvé encore plus de types d’avis sur la question que de types d’araignées. Il y avait ceux qui pensaient que la morsure était venimeuse, pas toujours d’accord avec ceux qui pensaient que seule la musique la plus adaptée permettait d’en guérir. Sans compter ceux qui savaient bien que la morsure n’était pas vraiment dangereuse – puisque, si le venin était vraiment mortel, le fait de danser accélérerait sa propagation dans le corps. Mais au lieu d’un débat plus ou moins thérapeutique, ce qui lie tarentule et tarentulé se répand davantage dans un débat entre le mordu et lui-même. Leonard de Vinci disait : « La morsure de la tarentule fixe l’homme dans son propos, c’est-à-dire dans la disposition d’esprit où il se trouvait quand il a été mordu ». Dans ce numéro de Metaclassique, nous écouterons des extraits d’un entretien donné à La Radio Parfaite par la musicologue Juliana Pimentel qui a consacré une thèse aux tarentelles écrites en France, au 19ème siècle, pour le piano et nous échangerons avec la poète Suzanne Doppelt qui parle de la tarentelle comme d’« une ghost dance qui garde enfoui le secret de son geste muet », dans un livre meta donna paru aux éditions POL, qu’elle a commencé à écrire en regardant Taranta, un film ethnographique réalisé par Gianfranco Mingozzi en 1962, où l’on peut voir le rituel tarentiste dans les Pouilles.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #108 – Mordre

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Legitimer – Mardi 23 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Selon que l’auditeur de musique est appelé « mélomane », « amateur », « fan » ou encore « féru de musique », est-ce qu’il écoute un genre plus ou moins valeureux socialement ? Même si l’éclectisme généralisé fait comme si tous les genres étaient légitimes et tout le monde pouvait – voire devait – écouter de tout, il reste que le mot « mélomane » est bienvenu et très courant quand on parle d’un genre éminemment légitime comme la musique classique, là où le mot « fan » passe pour plus inapproprié, comme s’il connotait une musique moins consacrée comme légitime. Et justement parce qu’elles sont discutables et parce que ces représentations sociales s’attachent à telle ou telle manière de nommer ceux qui écoutent la musique, ce numéro de Metaclassique veut prolonger les questionnements ouverts par la théorie de la légitimité culturelle héritée de Pierre Bourdieu, en invitant deux chercheurs : la psycho-sociologue Elise Wong qui prépare une thèse sur l’image sociale des auditeurs de musique classique et, pour commencer, le sociologue Wenceslas Lizé qui, à propos de ces manières de qualifier les auditeurs selon les genres qu’ils écoutent, a enquêté sur les liens entre légitimité et appellations, en se demandant : peut-on être « fan » d’un genre légitime ? Autrement dit, est-ce que la légitimité d’un genre interdit – ou, du moins, appelle une certaine réserve à – employer un vocable qui connote l’idolâtrie ?

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #107 – Légitimer

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Annoter – Mardi 16 février 2021 – PAR DAVID CHRISTOFFEL

Attendant son entrée pendant que jouent les trombones (indiqués sur sa partition), un flûtiste caricature son collègue tromboniste en action.

Sur la partition de certains Préludes, Scriabine écrivait « Douloureux déchirant ». Alors que l’interprète peut être tenté d’y voir une indication de jeu et s’en saisir comme une demande du compositeur à donner à l’exécution de telle page des accents douloureux et déchirants, ces annotations peuvent rester à l’état de témoignage d’un état d’esprit. Au lieu d’être un seul document utilitaire qui permet à un interprète de retrouver les notes, les nuances, les indications du compositeur, la partition est donc un support qui s’annote. Clarinettiste à l’orchestre de l’opéra de Paris, Jean-Noël Crocq a publié Fosse notes, un livre album qui recueille des partitions où l’on peut lire des fragments de correspondance entre les musiciens de l’opéra directement sur leurs partitions, jusqu’à des considérations esthétiques sur la valeur morale de l’art lyrique. En dialogue avec Jean-Noël Crocq, nous accueillons deux compositeurs : Colin Roche et Frédéric Mathevet qui, l’un et l’autre, développent des rapports à la composition om la partition s’élabore poétiquement, plastiquement, et redistribue le temps musical en amont de la seule production du son. Plus que d’alimenter leurs processus créatifs, cette écriture investit le travail poétique de la partition en lieu et place de production musicale, au point qu’ils viennent de fonder la revue Documents où, solidairement, la musique se réfléchit par ces confections documentaires et s’y déploie.

Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

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Metaclassique #106 – Annoter