Imbert Imbert

Imbert Imbert

Mémoires d’un enfant de 300 000 ans – Imbert Imbert

Sortie chez Printival le 2 octobre 2020

Parce-que tout ce qui m’intéresse se trouve quelque part d’où l’on ne sait rien, quelque part dans le moment précis, et précieux du premier pas de l’enfant ; de ses premiers mots ; du premier orage, dont il fait semblant d’avoir peur ; de ses premières révoltes ; ses premières amours, dont il fait bien d’avoir peur ; ses premiers liens avec la mort, qui sont comme une évidence, un enchaînement d’évidences, de brûlures ancestrales, toutes ces choses que l’on sait que l’on ne sait pas que l’on sait.

Je veux parler de la mémoire dans tout ce qu’elle nous permet d’oublier, ou plutôt de ce qu’il reste après l’oubli : une infinité de savoir désordonné, innommable ; une sensation du Big Bang, de l’atome, de la plante, de la bête, de l’humain.

L’humain, que l’enfant que nous sommes a goûté dans nos corps, d’abord avec le regard aimant porté sur nos parents,  notre famille, nos amis, puis le coups de poignard de la désillusion quand on regarde au loin, et qui donne à l’enfant ses airs de cruauté.

Là où j’en suis : dévasté, comme tout le monde, le silence fait place à la mémoire.

Parfois je me souviens que c’est le moment de vivre, alors je l’écris, puis je le chante.

Quant à la musique, qui tient du même mystère, si la rencontre du guitariste Brunoï Zarn, docteur ès foudre, qui officie avec moi au sein du groupe BOUCAN, du violoniste Mathieu Werchowski, éleveur d’étoiles, du batteur Laurent Paris, sculpteur de rêves, de moi-même, enfant millénaire, fut une évidence. Le sorcier Oz Fritz (Tom Waits, Bill Laswell…) qui a mixé l’album en Californie avec une pincée de bave de crapaud, quelques cheveux d’ange et beaucoup de savoir faire, fit à nouveau une belle démonstration de son sens de la magie.

L’alchimie a ses secrets que la mémoire ignore, et j’ai la sensation que les chansons sortent toutes seules, qu’il suffit de lever le petit doigt pour que la terre tremble, qu’il n’y a plus qu’à lâcher les chiens…pour que les chiens s’amusent.

IMBERT IMBERT – Mémoires d’un enfant de 300 000 ans (Clip Officiel)

Biographie :

Photo © Marc Ginot
Photo © Helene Destruhaut
Mémoires d’un enfant de 300 000 ans

13 ans maintenant que cet enfant du désordre promène avec un talent indéniable une identité musicale faite de passion, d’élans compulsifs et d’abnégation.

Pourquoi aussi inlassablement l’enfermer dans cette case de punk anar, si étriquée et réductrice ? Il ne faut pas seulement se fier à une apparence physique atypique ou à des textes jusqu’à alors souvent frontaux ou couperets. Imbert Imbert, qui se prénomme par ailleurs Mathias au civil, a quelque chose d’unique.

Comme un curieux symptôme. Chez lui, une liberté de mouvement, une liberté de ton. Privilège des insoumis et des incandescents. Imbert Imbert, loin de l’aseptisation générale, capable de jeter dans la pénombre une lueur de chair nue, un pigment fauve. Âme d’écorché vif et d’éveilleur de conscience entremêlées.

Ce qui frappe, ce sont ses bras qui enlacent sans relâche une contrebasse, vénérable instrument aussi haut et plus large que le musicien. C’est son plus fidèle allié, son bouclier protecteur. Il est arc-bouté à son corps volcan. Imbert Imbert installe son style, ose des fugues spontanées entre chanson, jazz et

rock. L’écriture à la langue bien pendue ne se fourvoie pas dans des images bisounours. Ne pas s’attendre à ce qu’elle caresse dans le sens du poil. Elle est secouée par une envie de donner et de recevoir des coups. Abrasive, anguleuse, mordante. La parole perd définitivement toute chance d’être innocente.

Dans ses cavales, Imbert Imbert entraîne des mauvaises pensées qui sortent de l’ombre, bouscule sans sauvagerie ni agressivité. Difficile de ne pas être happé par cet univers nihiliste, plein de bleus et de cicatrices, batailleur et désenchanté.

Du noir davantage lumineux, poétique, qui se repose sur une forme de dualisme. Parce que si Imbert Imbert continue de contempler le désastre de la société, il insuffle un contrepoids salvateur en se raccrochant aux petits bonheurs de l’existence. Des chansons entre brise et bourrasque, lucides et dépourvues de manichéisme. Diablement salvateur et précieux.

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