Anthony Joseph – The Rich Are Only Defeated When Running For Their Lives

Anthony Joseph

Anthony Joseph – The Rich Are Only Defeated When Running For Their Lives 

Sortie le 30 avril 2021 chez Heavenly Sweetness

Entre la Caraïbe et Londres, les passerelles ont toujours été nombreuses, le colonialisme et son meilleur allié l’esclavagisme ayant favorisé la migration temporaire ou définitive d’afro-caribéens vers la capitale Britannique. Pour des raisons diverses mais, parfois, pour se connecter au bouillonnement londonien, se mêler à la ferveur intellectuelle et culturelle, user de la place stratégique de la ville comme d’une caisse de résonance pour diffuser militantisme et pensées politiques. L’artistique s’invitant volontiers.

Après deux albums à l’axe de rotation Caribéen, c’est la direction de Londres que le sextant musical d’Anthony Joseph a indiquée. Une ville où il s’est établi depuis de nombreuses années déjà, et dans l’effervescence de laquelle il s’est relié à la scène jazz locale. A cette nouvelle garde qui secoue le genre. Vigoureuse, inventive, respectueuse de son héritage swing, be-bop, hard-bop, dont elle révèrent les œuvres tout en jouant avec ses propres codes infusés influences contemporaines.

Manieur d’images, conteur de récits métaphoriques où l’humour se glisse en touches subtiles, Anthony Joseph fait ici de sa musique un acte de résistance et de combat. Une arme à la fois politique et spirituelle. Les grooves festifs qui habitaient ses précédents albums désormais obscurcis et approfondis, les climats propices à la réflexion s’installent, la force évocatrice intensifiée,, la conscience s’élargit et laisse la spiritualité s’approprier l’espace.

“The Rich Are Only Defeated When Running For Their Lives”, selon la lumière, un titre que le sarcasme ou la prophétie éclaire, avec lequel Anthony Joseph branche le présent sur les oeuvres de ceux qui l’ont précédé et inspiré dans la mise en musique de cette lutte libératrice. Avec le poète barbadien Edward Kamau Brathwait, les vers du Jamaïcain Anthony McNeill. Surtout, en tirant le nom de son nouvel album de l’ouvrage “Les Jacobins noirs.Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue”, oeuvre de Cyril Lionel Robert James, Trinidadien qui fit le périple de son île jusqu’à Londres, défendit la cause du peuple noir et les droits des peuples colonisées. La trace d’un voyage qu’Anthony a lui-même effectué, depuis son archipel jusqu’à l’Europe où désormais il enseigne la littérature anglaise.

Tisser la route de ceux qui depuis l’Afrique il y a des siècles, depuis la Caraïbe il y a des décennies, ont migré de gré ou de force vers l’Occident. Se souvenir du jazz comme d’un mode d’action politique et social, actionner sa version free, ce mouvement d’émancipation et de libération des carcans et des chaînes. Les corps à corps entre les instruments et avec Anthony lui-même donnent alors lieu à des envolées dans le chaos desquelles la piste à prendre se défriche pour progressivement s’illuminer à en devenir évidente.

Aux beats aux cymbales légères s’agrègent patiemment cuivres, claviers et percussions ; des mélopées sombres, des soli cabrés, des mélodies conquérantes, des nappes vintage et des treillis serrés. Les improvisations collectives mènent à la cohérence qui unit la forme au fond. De la communion de l’instant, de cette capacité des musiciens à tous se relier au même moment, dépend le résultat. La musique d’Anthony Joseph devient alors un jazz progressif, conscient et politique, qui en studio comme sur scène, ne s’apprivoise pas.

Qui se capte dans toute son incandescence. Et se restitue aussi embrasée.

Photo © www.anthonyjoseph.co.uk

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